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Musique

Interview de Nina Van Horn : chanteuse de blues franco-américaine

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Le Blues, indémodable et vital, comme le « Synthol », l’aspirine ou le « Mercurochrome ». Il soigne les plaies superficielles comme profondes, telle une armoire à pharmacie il fait partie du quotidien des amateurs de musique en général, ou de Rock’n’roll, de Jazz et de Rythm and Blues en particulier. « Il y a longtemps sur des guitares, des mains noires lui donnaient le jour, pour chanter les peines et les espoirs, pour chanter Dieu et puis l’amour ».
Cette semaine nous avons rencontré non pas un chanteur, mais une chanteuse de ce genre musical apparut au XIXe siècle ; Nina Van Horn. C’est avant la répétition de son concert donné à l’Utopia, temple du Blues parisien, que nous avons pu poser nos questions à cette française d’origine, devenue américaine d’adoption musicale. Une voix qui rappelle celle d’Anastacia, un charisme, de l’énergie et un chapeau noir toujours posé sur ses cheveux, Nina m’attend, c’est parti..

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Qui est Nina Van Horn ?
Ah bonne question, je suis née à Paris dans le 14e arrondissement. Jouer ce soir ici, à l’Utopia, est un retour à mes origines, la boucle est bouclée. A 5 ans, je suis parti aux Etats-Unis avec mes parents, mon père était enseignant et nous nous sommes installés dans le Michigan, puis au Texas où j’ai vécu un petit moment. Plus tard je suis parti m’installer à la Nouvelle-Orléans, un vrai changement de décor. J’ai découvert le blues par mon mari. Je ne pensais pas en chanter, je faisais alors de la Country et puis, un jour, j’ai rencontré Dan Aykroyd (animateur du Saturday Night Live, chanteur, comédien ; « The Blues Brothers »..). Il me dit : « pourquoi est-ce que tu chantes de la Country ? Tu devrais faire du blues ! » Ça a été le déclic pour moi, et j’ai décidé de me lancer dans cette voie musicale. Mais je ne renie rien, j’aime toujours la Country, encore plus maintenant parce qu’elle a su évoluer, d’ailleurs mes morceaux sont teintés de Blues, mais aussi de Rock, de Country et de Country Rock. J’ai une grande admiration pour Johnny Cash.

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Comment passe-t-on de la danse classique (Nina Van Horn était danseuse au sein de la Compagnie Lyrique de France) au Blues ?
J’ai débuté en tant que danseuse classique c’est vrai. Mon mari était également danseur, un artiste extraordinaire qui était intégré au Ballet Russe. A l’époque, les danseuses chantaient également, il n’était pas rare qu’elles fassent les chœurs sur certains morceaux. Je possédais alors une voix de « Soprano Colorature », qui est plus aigüe que celle d’une Soprano. J’ai été repérée par la responsable de la Compagnie, et je suis devenu chanteuse lyrique. C’est marrant parce qu’à cette époque-là, les danseuses et les chanteuses n’étaient pas « mélangées » dans la tournée. Je me souviens que dans le bus qui nous transportait d’un spectacle à l’autre, les danseuses étaient placées à l’arrière, et les chanteuses elles, avaient la place de choix à l’avant du bus. Moi j’avais envie de rejoindre mes copines au fond mais on me l’interdisait. Sur scène, c’était exactement la même chose.

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Pendant mes tournées, j’ai rencontré mon mari, et pour éviter d’être séparés avec nos tournées respectives nous avons décidé de monter notre propre compagnie. Ça a duré 35 ans, et au moment où les corps ne peuvent plus suivre la danse, il a fallu prendre une décision ; arrêter. Nous avons envisagé un temps d’enseigner la danse en France, mais ici il faut une bardée de diplômes pour enseigner, alors nous l’avons fait aux Etats-Unis. C’est là que j’ai rencontré des gens qui évoluaient dans la Country, mon mari était motard nous évoluions dans ce milieu et j’ai décidé de chanter, un moyen de rester sur scène, sans trop solliciter mon corps de danseuse. Après notre déménagement à la Nouvelle-Orléans, j’ai découvert un nouvel univers musical, de nouveaux musiciens et je me suis imprégnée de leur musique.

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Nina, est-ce que tu penses que le Blues est une affaire d’hommes ? Les femmes sont assez rares dans ce genre musical tu ne trouves pas ?
C’est tout à fait vrai, j’ai pu le constater à mes débuts lorsque j’ai rencontré un organisateur de festivals, qui m’a dit alors que je voulais participer : « Je suis désolé mais il y a déjà une femme d’inscrite ! ». Comme si le Blues n’était qu’un terrain de jeu réservé à la gente masculine, et qu’une femme au programme suffisait déjà largement. Ça m’a agacé, et j’ai décidé de faire honneur aux chanteuses de Blues en enregistrant un album : «Hell of a woman ». Cet opus rend hommage à celles qui chantaient le blues, et j’y reprends leurs chansons les plus représentatives ; Victoria Spivey, Bessie Smith ou encore Billie Holiday. Des musiciens tels que Phil Bonin et Phil Rubio m’ont accompagnée dans ce projet, avec des invités prestigieux ; Jean-Jacques Milteau, Patrick Verbeke ou Jean-Marie Gabart.

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Les femmes ont participé à l’évolution du Blues, en apportant des textes plus profonds à ce genre de musique qui restait souvent cantonné à un répertoire de « ma chérie m’a quitté, bébé revient » (rires). Cet album m’a permis de voyager dans 18 pays, de faire des conférences dans les écoles, sensibiliser les jeunes à cette musique, de rencontrer beaucoup de gens en fait et ça c’était positif.
J’ai même rencontré des chinois lors de ma tournée, à qui j’ai quand même fait chanter « Let’s kill the war » !

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Nina Van Horn, c’est ton vrai nom ?
Nina est mon prénom, Van Horn, c’est une ville du Texas, dernier rempart entre les colons et les indiens, qui se trouvaient face à cette ville, j’ai bien aimé le symbole, et le nom. Quand j’ai voulu choisir mon nom, la SACEM m’a indiqué qu’un prénom seul ne suffisait pas, il fallait y ajouter un nom, ce que j’ai fait.

Qui écrit les paroles et la musique ?
C’est moi qui écris les textes. Pour la musique il m’arrive de partir sur une mélodie, et les musiciens complètent, ou alors ils l’écrivent, c’est un travail d’équipe en général. Pour mon dernier album ; « Severn Deadly sins » (les 7 péchés capitaux), j’ai travaillé avec John Schiessler, un grand Blues man. L’album est sorti le mois dernier. Et nous avons eu l’honneur de recevoir l’an dernier la récompense de « Meilleur album Blues de l’année », en France et en Allemagne.

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Où est-ce que tu trouves l’inspiration pour l’écriture de tes textes ?
Dans ce que je vis au quotidien. Moi, il me faut un « choc » pour déclencher l’écriture bien souvent. A un moment donné j’ai eu un passage à vide, comme beaucoup d’artistes. Et alors que je regardais la télévision, je découvrais des scènes de haine, de violence, et de mépris de la part des « grands » de ce monde. J’ai constaté que le péché était partout, la luxure avec toutes ces affaires de pédophilie, l’avarice avec les banquiers, les dirigeants de la finance, sans parler de l’indifférence et de la misère. Tout ça m’a donné envie d’écrire l’album « 7 deadly sins ». J’ai même retrouvé des anciens textes que j’avais rédigés, mais jamais chantés, et je les ai mixés avec mes nouvelles compositions.

Est-ce que « le Blues, ça veut dire que je t’aime, et que j’ai mal à en crever » ?
Non, ça n’se limite plus à cela le Blues, c’est un coup d’gueule il faut qu’il y ait de la profondeur dans le Blues, en tout cas à mon avis. Il m’est arrivé de faire des textes plus « simplistes » comme une chanson où je raconte l’histoire d’une fille qui adore le « 69 » et qui s’éclate dans cette position, où elle prend un pied terrible ! Mais mes chansons sont globalement plus riches. Le morceau « Malika » par exemple, il raconte l’histoire d’une jeune femme cachée au fond de la salle pendant un de mes concerts. Cette petite « Betty Boop » avait l’air toute mignonne, toute discrète, je l’ai rencontrée à la fin du concert, j’ai appris qu’elle avait le sida. Empreinte d’une solitude terrible, rejetée, cette jeune femme m’a bouleversée, et j’ai décidé d’en faire une chanson. Idem pour le morceau « Streets of Bangalore », dont l’écriture découle d’un croisement de regards que j’ai eu avec une petite fille en Inde, pendant ma tournée, sa mère lui donnait le peu de nourriture qu’elle avait dans la main, et ses yeux profonds m’ont marqué à jamais, je n’oublierai jamais le regard de cette petite, installée dans une misère terrible alors que moi, je me rendais à mon hôtel climatisé, avec tout le confort. Tout ça me rappelle à chaque fois qu’il faut qu’on arrête de se plaindre pour des broutilles.

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Qu’est-ce que tu écoutes comme musique ?
Contrairement à ce que pensent beaucoup de gens, je n’écoute pas spécialement du Blues. J’aime les vieux morceaux de Rythm and Blues, les « Joe Tex » des années 60, Led Zeppelin, et toujours de l’Opéra et de la musique classique, on ne se refait pas.

Le mois dernier, tu faisais la couverture de « Blues Magazine », une consécration ?

Surtout une grande surprise ! Je ne m’y attendais absolument pas. Je leur avais accordé une interview mais jamais je n’aurais pensé faire la couverture. Deux français seulement ont eu ce privilège ; Paul Personne et moi. Ça a été un grand plaisir d’apparaître à la « UNE » de Blues Magazine, d’autant que je venais d’être sacrée « Meilleure performance féminine » par une chaîne de TV américaine. On est toujours fiers et heureux d’être récompensé, parce que ça valide beaucoup d’années de travail.

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Il y a 3 ans, tu rendais hommage au chanteur/guitariste Gary Moore avec Jean-Michel Kajdan, c’était à ton initiative ?
J’aimais ce chanteur, et c’est après avoir été contactée par le guitariste français Pat O’May que les choses se sont faites. C’était en Bretagne, un très beau souvenir. Ça s’était fait très vite, mais les gens étaient venus en masse, et ça a été un grand moment.

Tu chantes uniquement en anglais, tu n’as jamais eu envie de t’exprimer dans la langue de Molière ?
Bah tu vois chanter du Blues en français, c’est un peu comme faire du Flamenco en allemand ! Le blues vient des Etats-Unis, et sa langue de prédilection est sans conteste l’anglais.

Nina, quelle est ton actualité ?
Nous venons de terminer une grande tournée en Asie où nous avons joué dans de grandes salles, en Chine, et où les jeunes là-bas s’éclataient de façon incroyable sur notre musique ! Un bon souvenir, et une expérience incroyable. Les jeunes chinois aiment vraiment s’amuser, sortir, s’éclater en concert et vivre avec leur époque. A partir du mois d’août, nous entamerons une nouvelle tournée qui nous amènera en Chine, en Corée et en Thaïlande. Contrairement à l’Europe, le public asiatique est beaucoup plus jeune en ce qui concerne le Blues.

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Pour clore cette interview Nina, quel conseil donnerais-tu à un jeune qui souhaiterait se lancer aujourd’hui, dans le Blues ?

De le faire avancer ! C’est primordial, d’être créatif, et de ne pas être que dans la reprise comme font beaucoup de Blues man. Moi tu vois par exemple, je n’aime pas faire des « bœufs » avec des reprises, ça m’arrive de temps en temps, mais je préfère jouer mes morceaux et amener les gens dans une histoire. Faites bouger le Blues et rendez-le vivant !

Nina Van Horn : nouvel album « Seven Deadly sins » dans les bacs, à la Fnac, Amazon et revendeurs habituels. Musiciens ; Tonio El Toro à la batterie, Cédric Christophe aux claviers, Denis Aigret à la basse et Masahiro Todani à la guitare.

Pour mieux connaître Nina Van Horn, ou là redécouvrir, voici un florilège de son répertoire au travers du concert donné l’année dernière dans la salle du New Morning, à Paris :

 
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